Mis à jour le 1.11.2017

Le menhir å Djèyî à Heyd

Position de Ozo sur la carte. Échelle.
Le menhir de Heyd vu depuis le nord.

Le menhir de Heyd vu depuis le nord.

Un menhir répondant aux plus sévères critères d’authenticité a été fouillé en 1998 au lieu-dit å Djèyî, à 2 km au nord-ouest du village de Heyd. Il est d’une importance capitale pour le décodage du champ mégalithique de Wéris.

Dès avant la fouille, l’identification possible du bloc de poudingue de Heyd à un menhir s’appuyait sur deux indices. D’une part, le monolithe se situe sur une butte calcaire, situation qui n’est explicable par aucun mécanisme naturel mais bien par un transport anthropique. D’autre part, il prolonge vers le nord l’alignement principal du champ mégalithique.

Le monolithe de poudingue a été découvert couché dans une cuvette partiellement comblée. Son sommet dépassait la surface du sol actuel d’une cinquantaine de centimètres. Après retrait des sédiments, il est apparu que sa forme globale correspondait à un parallélépipède triangulaire. Ses dimensions sont : 2,60 m de longueur maximale, 80 cm de largeur maximale et 90 cm d'épaisseur maximale. Son poids est estimé à près de 4 tonnes.

Le premier décapage de la fouille sous le sol actuel a mis en évidence deux tranchées principales autour et sous le bloc du poudingue.

Fosse d'érection néolithique.

Fosse d'érection néolithique.

L’une correspond clairement à la fosse d’érection primitive du monolithe, sur base de divers arguments : la base présumée du monolithe se trouve juste au-dessus de cette fosse ; l’emprise de la fosse correspond assez bien à la surface de la base supposée du monolithe ; les pierres rencontrées dans le remplissage de cette fosse évoquent des éléments de calage en place ; enfin, la découverte d’une clavicule d’un enfant mort-né ou d’un nouveau-né dans la fosse F 6 a peu de chance d’être fortuite mais elle s’explique plus aisément dans le cadre d’une pratique liée à l’érection du monolithe.

La seconde fosse, plus vaste, peut être interprétée comme fosse de condamnation du menhir, à une époque indéterminée.

Il a pu être montré que le dressement du monolithe datait de la fin du Néolithique, sur base de la datation radiocarbone AMS à 4425 ± 45 BP (OxA-8828) de la clavicule d’enfant exhumée du remplissage de la fosse d’érection. Ce petit ossement, d’ailleurs la première découverte d’un reste humain associé à la fondation d’une pierre levée de la région de Wéris, semble en outre indiquer que ces monuments participaient, au moins en partie, aux rôles funéraire et sacré que jouaient les allées couvertes locales.

Positionnement du menhir à l'aide d'un bulldozer sur les rondins.

Positionnement du menhir sur les rondins.

Redressement du menhir à l'aide d'une chèvre.

Redressement du menhir à l'aide d'une chèvre.

Au terme de l’intervention archéologique, le bilan des données récoltées était suffisamment pertinent pour décider du redressement du menhir å Djèyî dans sa fosse d’érection primitive. Ce choix offrait une visualisation plus intéressante du monument en terme de protection patrimoniale. Cette opération s'est faite à la préhistorique, dans un but expérimental. Le bloc, attaché dans le sens de sa longueur à l'aide d'une corde en chanvre de 25 mm de diamètre, a été tracté sur les deux rails vers sa position d'implantation, sa base étant supposée s'incliner automatiquement dès qu'elle eût dépassé suffisamment le bout des rails. En fait, la traction imprimée par sept personnes adultes s'avérant insuffisante, des leviers de 3 m de long placés à la pointe du menhir, perpendiculairement à son grand axe, ont été utilisés pour soulever quelque peu cette extrémité, ce qui a facilité à la fois le déplacement horizontal du monument et le versement de sa base vers la fosse d'implantation. Le monolithe étant alors en position oblique, une corde de chanvre a été nouée à sa partie supérieure. Cette corde coulissait au sommet d'une chèvre de 4,5 m de hauteur disposée, au début de l'opération, plus ou moins parallèlement à la position inclinée du menhir. L’autre extrémité de la corde était tirée par une dizaine de personnes et un tracteur, auquel il a finalement fallu recourir en raison d’une force de traction humaine trop faible. Au fur et à mesure du redressement, des madriers et des blocs comblaient l’espace situé sous la pointe du monolithe. La stabilité du monument redressé a été renforcée par des dizaines de blocs de calage jetés tout autour de sa base.

Pour en savoir plus

Article non dispo­nible.

Toussaint M., Frébutte C., Hubert F., & Masy P., 1998. Fouille 1999 au menhir de Heyd (Durbuy), Notae Praehistoricae, 18, p. 157-165.
Vignette de la première page de l'article.
Toussaint M., Pirson S., Frébutte C. et Valotteau F., 2005. Critères d’identification des menhirs dans la Préhistoire belgo-luxembourgeoise. Bulletin de la Société préhistorique française, 102, 3, p. 597-611.