Mis à jour le 24.05.2017

Val Camonica (Alpes, Italie) : imagerie des statues-menhirs

Icône actu internationale Sous le titre Contextualiser l'imagerie préhistorique. Les figures circulaires et la figure "a bandoleria" des monolithes chalcolithiques centre-alpins, le Bulletin de la Société préhistorique française, tome 112, 3, 2015, p. 543-564, propose un intéressant article de Claudia Defrasne et Francesco Fedele où est abordée l'iconographie gravée sur les statues-menhirs centre-alpines du IIIe millénaire avant notre ère et plus particulièrement les formes circulaires et en forme de bandoulière.

On trouvera ci-dessous le résumé de cet article, tel qu'il est proposé sur le site de la Société préhistorique française

Pour être interprétées, les iconographies préhistoriques doivent être réinsérées dans leur contexte archéo-logique et culturel. À partir d’une contextualisation à différentes échelles, le présent article propose une relecture de deux images gravées sur les statues-menhirs centre-alpines du IIIe millénaire av. n. è., à savoir les figures circulaires et « a bandoliera  ». Les premières sont gravées au sommet des statues-menhirs masculines et ont jusqu’alors été interprétées comme des figurations du soleil. Cette interprétation se base sur le présupposé selon lequel un même ensemble de caractéristiques formelles, un cercle radié notamment, possède une signification universelle, c’est-à-dire indépendante de son contexte de création. Or, plusieurs indices issus à la fois de l’iconographie elle-même et du contexte archéologique des Alpes centrales permettent d’envisager une lecture différente. La première objection que nous opposons à l’interprétation couramment admise est l’extrême variabilité morphologique de ces figures circulaires qui s’accorde mal avec une représentation conventionnelle du soleil. De plus, il s’agit bien de cercles et non de disques au contraire de ce qu’une représentation du soleil requiert en divers contextes culturels. Plus encore, la comparaison de ce que nous interprétons comme des individus de pierre, à partir notamment du contexte social et idéologique qui caractérise les Alpes centrales du IIIe millénaire, et en dépit de leur relative abstraction, aux autres corpus de statues-menhirs alpines suggère une seconde objection. Ces prétendues figures solaires sont absentes des autres secteurs géographiques alpins qui connaissent pourtant un phénomène idéologique semblable aux Alpes centrales. Le sommet des statues-menhirs accueille dans ces régions des figurations de colliers. Finalement, s’agissant de corps de pierre érigés sur des sites cérémoniels où des manipulations d’ossements humains sont attestées, l’interprétation des statues-menhirs requiert de prêter attention aux données funéraires qui permettent alors d’envisager une valorisation sociale importante des cultures de l’apparence dans les groupes chalcolithiques centre-alpins. En effet, sur les sites de tradition dite Civate les ornements corporels, et plus encore les éléments de colliers, prédominent parmi les objets déposés avec les défunts et en constituent la caractéristique essentielle. La contextualisation de l’iconographie permet ainsi la constitution d’un solide faisceau de données en faveur d’une relecture de ces figures. Nous proposons de reconnaître dans les cercles gravés au sommet des statues-menhirs masculines, des éléments de la culture matérielle des groupes chalcolithiques centre-alpins, des ornements corporels, et plus précisément de colliers. La lecture d’une seconde image ambiguë, la figure « a bandoliera », est ici également révisée. Couramment interprétée comme la représentation en plan d’un enclos mégalithique, par comparaison à des structures d’habitat issues de contextes forts éloignés des Alpes centrales, cette image est associée aux figurations qualifiées de « topographiques ». Pourtant, une telle lecture constitue une réelle erreur méthodologique dans la mesure où elle extrait l’image non-seulement de son support (un corps de pierre) mais également de son contexte culturel. Aucun enclos mégalithique n’a jamais été découvert dans les Alpes centrales. Par conséquent, et en fonction du faisceau de données établi au sujet des figures circulaires, nous proposons de reconnaître dans la figure « a bandoliera », systématiquement gravée sur deux faces contigües, un ornement corporel propre à l’équipement masculin et porté sur l’épaule. Ainsi, l’interprétation de l’imagerie gravée et plus particulièrement de certaines figures ambiguës, se doit de prendre en considération la nature des blocs érigés et le contexte archéologique. Cette contextualisation à différentes échelles permet d’envisager de nouvelles interprétations de ces images qui apparaissent dès lors comme l’indice d’une valorisation sociale des cultures de l’apparence au sein des groupes humains chalcolithiques.