Mis à jour le 16.10.2017

Espagne : dosage du carbone et de l’azote d’ossements humains de sites mégalithiques et de grottes

Icône actu internationale La revue open-space PLOS ONE du 27 septembre 2017 vient de publier un intéressant article de Teresa Fernández-Crespo et Rick Schulting, respectivement de l'Université du Pays Basque, en Espagne, et de l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni, intitulé : « Living different lives: Early social differentiation identified through linking mortuary and isotopic variability in Late Neolithic/ Early Chalcolithic north-central Spain ».

Les auteurs ont analysé les mesures des isotopes du carbone et de l'azote de 166 individus d'une série de sites funéraires du Néolithique tardif/ début du Chalcolithique (3500 à 2900 cal. BC) provenant de monuments mégalithiques et de grottes, situés dans le centre-nord de l'Espagne. Les monuments (El Sotillo, Alto de la Huesa, Chabola de la Hechicera et Longar) et grottes (Las Yurdinas II, Los Husos I et Peña Larga) étudiés sont tous dans une zone spatialement très restreinte, avec en moyenne pas plus de 10 km entre sites.

La tombe mégalithique de Chabola de la Hechicera et les montagnes cantabriennes

La tombe mégalithique de Chabola de la Hechicera et les montagnes cantabriennes. Image : Teresa Fernández-Crespo / UPV/EHU

L'analyse isotopique suggère un régime alimentaire globalement similaire entre les deux types de sites, composé principalement de blé et d'orge, ainsi qu'une quantité importante de protéines provenant de bovins et de moutons. On décèle cependant des différences statistiquement significatives dans les valeurs δ 13 C, qui semblent bien être corrélées avec l’altitude, la température et le niveau de précipitations. Cela suggère que l'utilisation du paysage était divisée à une échelle très locale.

Les auteurs proposent deux explications possibles à ce partage. La première suppose que cette division de la terre pourrait indiquer différentes classes socio-économiques dans la même communauté, les classes inférieures étant enterrées dans les grottes avec un accès restreint aux ressources agricoles, tandis que les individus de statut supérieur dans la communauté auraient été enterrés dans des tombes monumentales dont la construction nécessite un investissement plus considérable en main-d'œuvre. Une autre possibilité est que ce cloisonnement du paysage implique des populations différentes ayant différentes pratiques funéraires et des économies de subsistance distinctes.

En conclusion, cette étude offre de nouvelles idées sur les différentes pratiques mortuaires et sur l'émergence d'inégalités socioéconomiques dans le Néolithique d'Europe occidentale. Voir aussi sur le site Pasthorizon.