Mis à jour le 28.04.2019

Espagne : cinabre et rituels mégalithiques dans la région de Tolède

Icône actu internationale Le Bulletin de la Société préhistorique française, 2019, 116, 1, p. 73-93 publie, en anglais, un article de P. Bueno-Ramírez, R. Barroso-Bermejo et R. Balbín-Behrmann intitulé « Funerary red (cinnabar versus ochre) and megalithic rituals in the central Iberian peninsula. The hypogean necropolis of Valle de las Higueras, Huecas, Toledo, Spain ». Il aborde le rôle symbolique du cinabre, ce minéral de sulfure de mercure utilisé comme pigment au Néolithique.

Voici le résumé français proposé par les auteurs :

La présence de cinabre dans les sépultures collectives du centre de la péninsule ibérique, montre un rôle symbolique identifiant des pratiques rituelles bien connues dans les mégalithes du sud de la péninsule. Les données obtenues sur la nécropole de Valle de las Higueras à Toledo, dans le contexte du Chalcolithique de l’intérieur péninsulaire (dès le IVe jusquau IIIe millénaire cal BC), constituent un point de repère pour réfléchir sur le « rouge funéraire » dans la Préhistoire récente. La source exotique de cinabre, probablement d'Almadén, ajoute un élément unique. Alors que le cinabre était le rouge funéraire « spécifique » du sud de la péninsule Ibérique, les indices trouvés en Catalogne et dans le sud-est de la France témoignent du rôle majeur joué par la vallée de l’Èbre. S'ajoutant aux circuits de l’ivoire, de l’ambre et de l’or, il souligne le rôle du sud dans l’apparition de modèles funéraires qui, au troisième millénaire (en même temps que l'utilisation des gobelets campaniformes est à son apogée), devient particulièrement importante dans toute l'Europe.

Les informations provenant des mégalithes ibériques où des pigments ont été prélevés, montrent une nette différence entre le rouge utilisé dans les structures architectoniques des tombes, de pierre ou de terre, et le rouge utilisé pour les os et les figurines humaines. Le cinabre était réservé à ces derniers tandis que les parois sont décorées avec des oxydes du fer. Les décorations gravées associées à la peinture sur les figurines sont une preuve convaincante de la valeur des vêtements teints, ainsi que de la présence plus que probable de vêtements de cérémonie, de linceuls, de peintures corporelles, de tatouages ou de masques.

Il est possible que les défunts affichent, à travers la source de leur couleur rouge, des récits qui proviennent de leur vie quotidienne, comme le travail des mineurs, ou encore leur valeur sociale par les vêtements, les tatouages et les peintures corporelles funéraires. On peut envisager une variété d’explications par rapport à l’usage du cinabre, si on tient compte du registre archéologique ici analysé : une ritualité où le rouge joue le rôle de signe de la vie et de la mort avec des symboles qui perdurent tout au long du Néolithique et du Chalcolithique ibériques.

Le site de la Société préhistorique Française.